L’OPC Voirons à Epeisses
29-30 Octobre 2003





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Direction Epeisses

Des bus qui traversent Genève pour s'enfoncer dans la campagne avec à leur bord, des sandwiches et des boissons fraîches, cela peut faire penser à une course d'école. Mais à Epeisses, ce n'est pas dans les jeux de l'enfance que l'on va se plonger, mais dans une atmosphère de désolation. Tremblement de terre, guerre ou typhon, qu'importe, c'est dans un monde blessé, un monde écroulé que se retrouvent les membres de l'OPC Voirons pour un exercice de deux jours.
Le terrain d'exercice d'Epeisses est un hameau écroulé grandeur nature, des amas de béton qui restituent assez fidèlement ce qui pourrait rester de nos maisons et immeubles occidentaux à la suite d'un séisme ravageur. Sous une mauvaise pluie d'automne, on pourrait se croire à Lijiang ou à Vukovar, et à la fiction, se superposent aisément des réalités que nous n'aimerions pas voir.

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Un travail d’endurance

22 mannequins gisent sous les décombres, 22 blessés, agonisants potentiels qu'il convient de tirer de là au plus vite, en respectant des règles strictes de progression et de sécurité. Alors bien sûr, l’avancée semble interminable, pire encore lorsqu'elle est ralentie par une poche d'eau. On se rend compte alors qu'un drame, une catastrophe naturelle, s'ils se caractérisent par des images chocs, des cris, toute l'horreur de l'instant, constituent pour les sauveteurs un travail de fond, d'endurance.
Ce même jour en Russie, onze des treize mineurs disparus cinq jours plus tôt ont été retrouvés vivants. Miracle de la persévérance des sauveteurs ! C'est cette opiniâtreté qui est testée aujourd'hui. S’échiner des heures d'affilée à trouer le béton, à dégager un passage dans les gravats, permet de tester le matériel, de songer au ravitaillement en essence, d'inventorier des difficultés que l'on pourrait ne pas voir lorsqu’on travaille dans une situation trop éloignée du réel.
Et si, sous un rayon de soleil bienvenu, à l'heure de s'offrir une petite pause sandwich, les visages retrouvent le sourire, la conscience que tout ceci n'est heureusement qu'une mascarade, la nuit vient vite rappeler ce que la situation pourrait être. Et pour les sauveteurs, les prochaines heures seront plus éprouvantes encore. Il conviendra de progresser à la lueur de projecteurs montés en quelques minutes. Plus loin dans le béton, on avancera à la lampe de poche.
19 heures. Le dernier mannequin sort des décombres sur une civière. Dans les rangs de l'état major, c'est la satisfaction qui prime. L'opération s'est déroulée plus vite que prévu. Autour des équipes de sauvetages, les équipes de transmission et de renseignement ont pu, qui tirer des lignes, qui dresser une carte de suivi des opérations « grandeur nature. La pluie froide a reprit le dessus. Il est temps que le rideau tombe sur cette journée. Et tous espèrent que le temps sera plus clément demain, à l’heure de la remise en état du matériel.

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Plus réel que le réel ?

La différence entre un tel exercice et la réalité? Elle sera rappelée lors du débriefing du soir: l'absence de cris. Ceux des blessés de l'intérieur, coincés sous les décombres, mais aussi ceux des proches qui s'égosillent à l'extérieur, qui pressent les sauveteurs d'aller plus vite, de faire plus et mieux qu'il n'est possible. Bref, la tragédie, la vraie, celle qui serre le cœur, celle à laquelle on se prépare en espérant n'avoir jamais à l'affronter.

Michaël Perruchoud
Responsable de l'information OPC Voirons